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Dort ist en Mann (Là, il y a un homme)

peinture noire, tarmac, Turtmann, 20 x 250 m, 2014

"in einer anderen Welt", curateur Heinrich Gartentor, Triennale d'art contemporain Label Art

photographies © Sabine Zaalene

Sur le tarmac de l'aéroport désaffecté de Turtmann écrire, peindre "Dort ist ein Mann" ("Là il y a un homme), convoque l'histoire de la peste, la mémoire, le territoire, le nom du lieu, la position d'un homme.

Dans le passé, des vagues de peste ont balayé les Alpes valaisannes. Les populations étaient évacuées, mais à Turtmann, un homme, un seul, s'est caché. De partout on racontait qu'il y avait là, là-bas, un homme. La portée de cet acte fut telle que le nom du village de Turtmann s'est transformé en Dortmann, la contraction de la phrase «Dort ist ein man». On ne sait pas grand chose de l'homme, s'il a survécu. Surnommé Dortmann, le village porta longtemps cette mémoire, puis vers la fin du XIXe il reprit sont nom original, Tutmann (cf. Turtmanntal et Turtmanngletscher), pour ne plus être associé à la peste.

Au vu de ce que nous vivons en 2020 avec le Covid-19, on pourrait imaginer que l'homme ait survécu et qu'il ait même été considéré comme un miraculé. Si son confinement s'opposait à la fuite, il défiait sans doute aussi les autorités et les croyances religieuses de son temps. Outre l'impression marquante pour les populations, renommer le lieu par la position de cet homme aurait aussi pu être le signe d'une protection pour le lieu.

Selon les situations dans l'espace, plusieurs visions de l'intervention artistique sont possibles. Des routes parallèles, on ne voit et ne lit rien, à l’image de l’homme caché. Sur le tarmac, la lecture est physique. Traverser l’image-phrase apporte une sensation immersive, amplifiée par l’échelle du paysage, la dynamique de la vallée, le temps de la marche. Depuis le téléphérique voisin et les routes de montagnes l'écriture de la phrase se met en mouvement, en zooms et italiques. Quant à la vision aérienne ou à Google Map (cf. Turtmann ou Tourtemagne), elles exposent le rapport de l’homme au territoire et à la carte, à la toponymie et à son empreinte. 

Paysage, image, texte, langage, oralité, mémoire, peste, topographie, toponymie, actualités, position.

> A découvrir l'émission de radio : podcast du 28.06.14 sur Espace 2, RSR, "La tête à l'envers"

 

Sponsoring SIGNALISATION.CH PLASTIROUTE, GEVEKO

Merci à Steve Grand pour sa collaboration, ainsi qu'à Grégoire Rey pour le vol offert à bord de son Comanche (bien avant Google map et Swiss topo !;-)

 

réal SZ