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Dort ist en Mann (Là, il y a un homme)

peinture noire, tarmac, Turtmann, 20 x 250 m, 2014

"in einer anderen Welt", curateur Heinrich Gartentor, Triennale d'art contemporain Label Art

photographies © Sabine Zaalene

Sur le tarmac de l'aéroport désaffecté de Turtmann,  "Dort ist ein Mann"  convoque l'histoire de la peste, la mémoire, le territoire, l'esprit du lieu, le nom du lieu, la position d'un homme.

Dans le passé des vagues de peste balayaient les Alpes valaisannes. Les populations étaient alors évacuées. Mais à Turtmann, un homme, un seul, est resté, s'est caché. De partout on racontait, on transmettait que là, en cet endroit, il y avait un homme. Ce fait marqua tant les esprits que le nom du village de Turtmann se transforma en Dortmann, contraction de la phrase «Dort ist ein man» (Là, là-bas, il y a un homme).

On ne sait pas grand chose de l'homme, ni s'il a survécu. On ne connait pas son nom. Il est simplement cet homme. Surnommé Dortmann, le village porta longtemps la mémoire de cet homme là.

Vers la fin du XIXe siècle, le village effaça progressivement la mémoire de cette "renommée", ne voulant plus être associé à la peste. Le village reprit son premier nom, Turtmann, qui se retrouve conjugué avec sa vallée, Turtmanntal, et son glacier, Turtmanngletscher. 

La pandémie du Covid-19 apporte un autre regard. Le "confinement" de l'homme marque une opposition par rapport à l'évacuation, à la fuite, par incapacité ou par résistance aux autorités et aux croyances religieuses de son temps. Que cet homme ait survécu, ou non, qu'il ait été en marge, ou non, la mémoire de son identité a disparue, pas celle de sa position.

Selon les situations dans l'espace, plusieurs visions de l'intervention artistique sont possibles. Des routes parallèles, même proches, on ne voit rien, à l’image de l’homme caché. Sur le tarmac, la lecture devient physique. Traverser chaque lettre apporte une sensation immersive, amplifiée par l’échelle du paysage, la dynamique de la vallée, le temps de la marche (250 m). Depuis le téléphérique voisin et les routes de montagnes l'écriture de la phrase se perçoit dans son intégration au paysage. Quant à la vision aérienne ou à Google Map, elles exposent le rapport de l’homme au territoire et à la carte, à la toponymie et à son empreinte. 

Paysage, image, texte, langage, oralité, mémoire, peste, topographie, toponymie, actualités, position.

> cf. émission de radio : podcast du 28.06.14 sur Espace 2, RSR, "La tête à l'envers"

réal SZ